Prochains numéros : planning de publication

  • Le numéro 51 (2021) de Autour de Vallès sera consacré au Renouveau des écritures romanesques au tournant des XIXe et XXe siècles. En voici le sommaire.

Marie-Françoise Melmoux-Montaubin, Introduction
Christophe Reffait, La vérité naturaliste en procès
Marie-Astrid Charlier, Paul Alexis naturalo-fumiste : du Cri du Peuple aux Trente romans
Yoan Vérilhac, Le « roman sensationnel » à la Belle Époque
Stéphane Gougelmann, Vérité du roman et « littérature de faits-divers » dans La Maison Philibert de Jean Lorrain
Alice De Georges, De l’inavouable aux récits oniriques dans En rade : pour un renouveau du naturalisme
Jean-Auguste Poulon, Paul Léautaud ou le renoncement au roman
Julie Moucheron, Les romans-chroniques d’Anatole France et Octave Mirbeau : la longue vie des matériaux recyclés
Thomas Pavel, « Non ! » à l’école et à la famille. L’Enfant et Le Bachelier par Jules Vallès
Corinne Saminadayar-Perrin, L’Insurgé, récit réfractaire
Marie-Françoise Melmoux-Montaubin, Les romans de Georges Darien, fictions ou témoignages ?
Alexis Buffet, Les romans de production de Pierre Hamp : une modernité troublée

VARIA

Corinne Saminadayar-Perrin, La révolution en peau de bête. Poétiques animales dans les Mémoires de Louise Michel
Héléna Demirdjian, « Le roman historique de Raffi, un pot-pourri au parfum politique »
Céline Léger et Maxime Lamotte, Rives d’exil

COMPTES RENDUS

Céline Léger, Jules Vallès. La fabrique médiatique de l’événement, Presses universitaires de Saint-Étienne, « Le XIXe siècle en représentation(s) », 2021 [ Julie Anselmini]
Romain Benini, Filles du peuple ? Pour une esthétique de la chanson au XIXe siècle, Presses de l’ENS, 2021 [Corinne Saminadayar-Perrin]

 

  • Le numéro 52 (2022) de Autour de Vallès sera consacré aux « Métamorphoses du légendaire dans la littérature au XIXe siècle : inscriptions, transformations, réinventions ». En voici la présentation. 

Entre littérature et tradition orale, la légende est un objet hybride, aux caractéristiques oscillantes, propice à différentes lectures. Avec le mythe, le récit légendaire partage une dimension édifiante et culturellement fédératrice, orientée vers une communauté. Pourtant, il s’en distingue par des traits populaires et un caractère historiquement situé, alors que le mythe semblerait plus savant, et davantage tourné vers le mystère des origines. Par ailleurs, la légende est une forme de fiction merveilleuse différente du conte. Bien qu’elle bénéficie d’une place voisine dans l’imaginaire, et d’une grammaire narrative proche, la légende est investie d’une forme de croyance que ne suscitent pas les fables atemporelles, et elle ne soulève pas les mêmes enjeux moraux.

Dans la majorité des cas, la légende apparaît comme un récit à teneur historique qui occupe une fonction sociale, à l’échelle d’une communauté. Elle est un conservatoire narratif et un support imaginaire de l’identité.

Étymologiquement, une légende – ce qu’il faut lire – est d’abord une vie de saint, donc une fiction exemplaire, et le légendaire, un recueil hagiographique. De là, une coloration chrétienne imprègne la majorité du matériau légendaire occidental, sans empêcher l’existence de légendes païennes plus tardives (la légende du Masque de fer, la légende napoléonienne…). À partir du XVIe siècle, le terme désigne un récit merveilleux et populaire, éventuellement une représentation altérée de faits ou de personnages réels. Mais le degré d’historicité et de transformation narrative sont fort variables, selon que l’on considère par exemple la matière légendaire de la Table Ronde, la légende de Jeanne d’Arc, ou encore les récits sur la chute de Troie. Et encore s’agit-il de légendes en partie fixées par la tradition savante. Enfin, la notion de légende intègre une acception médiatique. Est légendaire l’artiste qui maîtrise la mise en scène de soi, et qui parvient à imposer un scénario merveilleux à ses contemporains… La légende entremêle ainsi les aspects populaires de l’objet légendaire, le rapport à la croyance et la singularité historique. Victor Hugo, homme-légende du XIXe siècle par excellence, est peut-être l’initiateur de cette formule1.

Dans la lignée des récents travaux dirigés par Nathalie Grande et Chantal Pierre2, nous souhaiterions prolonger la réflexion sur le « discours social des légendes3 », en insistant sur les procédures d’inscription légendaire mises en place dans les pratiques littéraires et artistiques, les transformations du légendaire traditionnel par ses usages stratégiques, ainsi que sur les réappropriations propres à la modernité du long XIXe siècle.

Le « siècle de l’histoire » et de la sécularisation des consciences, de l’extension de la science et de la démocratie, mais aussi le siècle de l’émergence du peuple comme objet et sujet politique, se montre particulièrement réceptif aux récits légendaires de toute nature. La convocation de légendes permet d’interroger l’identité collective à travers le temps, de modéliser et penser un présent qui se dérobe, en ouvrant de nouveaux espaces herméneutiques. Chez les mémorialistes, comme Chateaubriand, les motifs légendaires peuvent suggérer le refoulé de l’histoire et de la conscience, en même temps qu’ils nourrissent une poétique du dépaysement. Dans Les Déracinés de Barrès, la convocation d’un Napoléon légendaire, « professeur d’énergie », fait entrer l’histoire dans le propos idéologique du roman.

Faut-il en conclure que les résurgences de la légende au XIXe siècle, qu’elles soient « noires » ou « dorées », constituent un contrepoint historiographique nécessaire ? Si l’hypothèse convient à Bloy ou Huysmans, qui puisent dans les légendes médiévales des contrepoints au modernisme ambiant, la légende peut aussi être émancipatrice, forte de son indéniable « réversibilité axiologique4 ». Quand Michelet propose en 1851 une dizaine de légendes sur les héros de l’histoire de France à L’Événement, son projet est profondément démocratique. Inversement, en 1890, un journaliste5 se réjouit que Guillaume Tell ait disparu de manuels scolaires suisses, car « la légende est l’ornement de l’histoire comme des diamants faux peuvent être l’ornement d’une femme », et l’on ne saurait cautionner que « la légende dépossède un peuple de sa gloire collective » pour en décorer un seul homme.

Moyen de l’observation ou de la réflexion ethnographique, le matériau légendaire permet aussi de penser la distance culturelle. Certaines légendes alimentent des visées conservatrices ou interrogent des inquiétudes : songeons aux récits colportés sur les peuples anthropophages ou les appétits des femmes orientales, en plein siècle colonial, ou encore aux légendaires régionaux, tel le recueil des Légendes rustiques de George Sand, qui promeuvent des identités singulières à l’heure de la centralisation jacobine. Parallèlement, les légendes semblent participer d’une découverte de l’altérité, comme la légende d’Hiram chez Nerval, ou le poème d’Antar chez Lamartine, entre effort de compréhension et fascination pour l’ailleurs.

Au moment de l’émergence des médias de masse et de la multiplication des supports, la légende n’a plus uniquement une portée esthétique, spirituelle ou communautaire. Les structures légendaires dont s’emparent les écrivains et les artistes peuvent servir une intention spectaculaire voire publicitaire, à la croisée d’un imaginaire archaïque merveilleux et de pratiques résolument modernes. Entrer dans la légende, c’est se faire hagiographe de soi-même, s’inscrire dans l’histoire devant la reconnaissance collective, et s’offrir au siècle comme objet de récit.

Ces premières pistes ne sont pas limitatives. Toute suggestion d’élargissement sera bienvenue, de même que les ouvertures pluridisciplinaires.

Les légendes pourront être étudiées de façon individuelle, par exemple via la réception d’une légende contextualisée sur tout ou partie de la période 1789-1914. On pourra aussi analyser le matériau légendaire à l’échelle d’une œuvre, ou d’un corpus plus étendu6, en insistant sur les usages stratégiques (titrologie, pratiques génériques et narratologiques, intertextualité, transferts médiatiques…). Le questionnement pourra s’étendre à des pratiques culturelles connexes, comme la collecte documentaire de légendes, les interférences entre cultures orales ou folkloriques et canon, ou les réinterprétations artistiques (picturales, musicales…) de légendes au XIXe siècle.

On pourra aussi aborder l’objet de façon transversale, pour compléter les analyses fondamentales de Claude Millet qui proposait de définir le légendaire comme « un dispositif poétique de mise en relation, ou plutôt de soudure, du mythe et de l’Histoire, de la religion et de la politique7 ». Selon elle, le légendaire au XIXe siècle se caractérise par une démythification et des appropriations de plus en plus personnelles et intimes, ce qui paraît conforme aux postulats de l’histoire culturelle et idéologique.

1 Voir l’ouvrage pionnier de Claude Millet, Le Légendaire au XIXe siècle: poésie, mythe et vérité, Paris, PUF, « Perspectives littéraires », 1997.

2 Nathalie Grande, Chantal Pierre (dir.), Légendes noires, légendes dorées ou comment la littérature fabrique l’histoire, XVIIe-XIXe siècle, Rennes, PUR, « Interférences », 2018.

3 Magalie Myoupo « Les mille et une couleurs de la légende. Pour une exemplarité vacillante », Acta fabula, vol. 20, n° 8, Essais critiques, octobre 2019, URL : http://www.fabula.org/revue/document12394.php, page consultée le 02 décembre 2019.

4 Ibid.

5 Paul Morlay, « À travers la vie », Le Parti ouvrier, 21 août 1890.

6 Comme le fait Sabine Narr dans Die Legende als Kunstform: Victor Hugo, Gustave Flaubert, Emile Zola, Munich, Fink, 2010.

7 Claude Millet, Le Légendaire au XIXe siècle, op. cit., p. 5.

 

  • Le numéro 53 (2023) de Autour de Vallès sera consacré aux Mémoires de l’éloquence (1815-1880). En voici le programme. 

Le XIXe siècle invente l’éloquence parlementaire : de la Restauration à la consolidation de la Troisième République, la rhétorique de la tribune, relayée par la presse, expérimente les pratiques et les valeurs qui fondent la démocratie représentative et la culture politique du débat. L’ère des révolutions consacre aussi de multiples scènes alternatives où s’exerce la puissance du discours : en contexte insurrectionnel, représentants du peuple, personnalités en vue et orateurs de raccroc s’emparent de la parole publique, bricolant, reconfigurant, réinventant la tradition de la harangue politique.

Mémorialistes, historiens, spécialistes du reportage parlementaire accompagnent, représentent et analysent les mutations voire les fractures rhétoriques qui scandent la période. Témoins avisés, ils saisissent d’un œil affûté les comédies sérieuses ou les drames grotesques qui se jouent à la Chambre, dans les cérémonies officielles, ou dans le tumulte des foules. Hugo recueille les « pierres précieuses » tombées de la tribune : « Je ne hais point le fourrage1», avoue ingénument tel député au moment du débat sur la loi agricole. Grotesques et guignols arrondissent solennellement la citrouille de leurs « ventres parlementaires », agitent leurs silhouettes microscopiques de nabots vibrillonnants (Louis Blanc, Adolphe Thiers…), ou déploient face au public toutes les ressources du cabotinage médiatique. Choses vues, journaux intimes, mémoires et souvenirs enchâssent sketches saisis sur le vif, séquences narratives scénarisées, voire mini-séries qui font de la vie parlementaire un roman-feuilleton à rebondissements. L’écriture dramaturgique domine, d’autant que certains orateurs (Hugo en sait quelque chose2…) ont calculé leurs effets avec l’expérience de spécialistes aguerris – beaucoup, avocats ou journalistes, construisent leur scénographie en professionnels. La pointe inattendue, l’anecdote piquante, le trait d’esprit viennent souvent crever la rotondité grave des périodes cicéroniennes. La spectacularisation de l’éloquence déréalise voire fictionnalise l’éloquence de la tribune, mais dévoile aussi une scène alternative, réelle ou virtuelle, où se jouent les véritables rapports de pouvoir.

Quant à la réflexion historiographique, elle permet une mise en perspective, sur la longue durée, des usages et des pouvoirs de la parole publique. Dans la même période où s’initie en France la rhétorique parlementaire moderne, la fascinante légende de l’éloquence révolutionnaire se constitue et façonne les imaginaires3: historiens, mémorialistes, essayistes sont hantés par les orateurs-monstres à figures de lion, comme Mirabeau et Danton, ou les « Caligulas de carrefour4» à face de crapaud comme Marat ; l’éloquence des Girondins, dont Vergniaud est le fleuron, ressuscite l’ampleur et la force de frappe cicéroniennes, cependant que la parole tranchante de Saint-Just, ou la sensibilité glacée de Robespierre, suscitent l’effroi ou l’enthousiasme. Lamartine et Michelet, notamment, puisent dans la monumentale Histoire parlementaire de Buchez et Roux maints épisodes marquants de l’Histoire des Girondins et de l’Histoire de la Révolution française. Splendide et apocalyptique épiphanie de l’éloquence tribunicienne en France, la rhétorique de la Révolution, qui reprend les formes et les imaginaires légués par la tradition romaine5, représente à la fois un idéal oratoire et un repoussoir absolu pour la modernité : après Germaine de Staël et Chateaubriand, beaucoup d’écrivains s’interrogent sur la nécessaire régénération d’une rhétorique dévoyée et pervertie par la violence. Par delà les assemblées révolutionnaires, l’historiographie, les mémoires ou les récits de voyage dessinent l’archéologie de cette nouvelle parole politique, en évoquant les modèles, notamment antiques dans les histoires grecques ou romaines et les récits de voyage en Grèce et en Italie ; ils en proposent des contrepoints, comme le parlement anglais dans l’Histoire de la Révolution d’Angleterre de Guizot. L’éloquence du débat parlementaire moderne reste à inventer, ainsi qu’une forme et un usage du discours réellement démocratiques.

C’est cette question essentielle qui sous-tend les représentations de la rhétorique de la tribune, et les réflexions qu’elle suscite. Acteurs, témoins et journalistes constatent, sous la monarchie de Juillet, un amoindrissement, un arasement, un rapetissement de l’éloquence à la Chambre : plus technique, dépassionnée, aplatie, la parole politique s’embourgeoise en même temps qu’elle perd une large part de son effet d’entraînement. Rien d’étonnant d’ailleurs, remarque Tocqueville dans ses Mémoires, puisqu’elle s’adresse à des députés élus au suffrage censitaire, et soucieux des intérêts matériels de leurs commettants plus que de quelconques idées – la monarchie à la poire et au parapluie s’est érigé une tribune à son image… Dans l’enceinte parlementaire, impossible d’espérer persuader et convaincre, quel que talent qu’on mobilise : « La pose des rhéteurs et la beauté sonore et amplifiée de leurs phrases, ne servent qu’à flatter la vanité littéraire de nos oreilles et de nos yeux. […] Un beau discours […] ne peut absolument rien sur des opinions déterminées6», indique d’emblée Cormenin dès l’ouverture du Livre des orateurs.

Si l’expérience républicaine de 1848 semble marquer le triomphe du « lyrisme démocratique7» qu’emblématise Lamartine, cet éclat se trouve rapidement terni par le sang de Juin et de Décembre : « Tes petits orateurs, aux enflures baroques / Prêchant l’amour, et puis tes égouts pleins de sang8… ». D’où, pour les opposants à l’Empire, une question pressante : comment éviter les illusions lyriques qui ont préparé la catastrophe de 1852, et instaurer un espace de débat authentiquement démocratique, social et républicain ? Vallès, comme beaucoup d’autres, revient obstinément sur ce problème décisif lorsque, dès 1871, l’écrasement de la Commune et l’offensive réactionnaire de l’Ordre moral exigent de repenser radicalement les conditions et les pratiques de la parole et de l’action publiques.

1 Victor Hugo, Choses vues, anthologie établie et préfacée par Franck Laurent, Paris, Le Livre de poche, 2013, p. 253.
2 Cf. Marieke Stein, « Un homme parlait au monde ». Victor Hugo orateur politique (1846-1880), Paris, Champion, 2008.
3 Cf. Aurelio Principato, « L’Éloquence révolutionnaire : idéologie et légende », Histoire de la rhétorique dans l’Europe moderne, Marc Fumaroli dir., PUF, 1999, p. 1019-1037.
4 François de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres IX à XII, édition de Jean-Marie Roulin, Paris, GF, 2017, p. 33.
5 Voir la récente synthèse d’Hélène Parent, Modernes Cicéron. La romanité des orateurs d’assemblée de la Révolution française et de l’Empire (1789-1807), thèse de doctorat, 2020, 704 p., à paraître.
6 Louis de Cormenin [Timon], Le Livre des orateurs, Paris, Pagnerre, 11e édition ornée de vingt-sept portraits, 1842, p. 8.
7 Dominique Dupart, Le Lyrisme démocratique ou la naissance de l’éloquence romantique chez Lamartine, Paris, Champion, 2012.
8 Charles Baudelaire, projet d’épilogue pour l’édition de 1861 des Fleurs du mal, Œuvres, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », t. I, 1975, p. 192.
 

Contacts : saminadayar@gmail.com ; jean.marie.roulin@univ-st-etienne.fr

Ce programme donnera lieu à un colloque à l’université Paul-Valéry (Montpellier) les jeudi 17 et vendredi 18 novembre 2022. La rencontre sera co-organisée par le RIRRA 21 et l’UMR IHRIM.

Les contributions (35 000 signes au maximum, espaces et notes compris) sont à rendre pour le 30 avril 2023 au plus tard. La publication des travaux est prévue pour le second semestre 2023.

 Les propositions de contributions sont à adresser avant le 30 septembre 2021 aux organisateurs de la manifestation.

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