Prochains numéros : planning de publication

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_____Autour de Vallès, n° 44, décembre 2014 : Vallès et les cultures orales, numéro coordonné par Élisabeth Pillet et Corinne Saminadayar-Perrin.

 

 

 

 

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_____Autour de Vallès, n° 45, décembre 2015 : La mort du livre, numéro coordonné  par Corinne Saminadayar-Perrin et Florence Thérond.

 

 

 

 

 

Le numéro 46 de Autour de Vallès, coordonné par Sarah Al-Matary, sera consacré à Vallès et les anarchistes. En voici le texte programmatique.

Dans le prolongement de l’article pionnier publié par Roger Bellet au sein du collectif Littérature et anarchie dirigé par Alain Pessin et Patrice Terrone (« Jules Vallès critique de l’État », op. cit., Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 1998, p. 51 sq.), ce numéro se propose de mettre en perspective le rapport de Vallès aux anarchismes et la réception de Vallès par les anarchistes ‒ toutes tendances confondues.

La trilogie romanesque vallésienne, où ne figurent ni le terme « anarchisme », ni ceux d’« anarchiste » ou de « libertaire », compte une seule occurrence d’« anarchie» : elle apparaît dans L’Insurgé (1886) quand, après l’assassinat du journaliste Victor Noir par un Bonaparte, le peuple de Paris va chercher sa dépouille pour en faire l’étendard de la révolte. Le cortège donne alors à voir « des morceaux d’armée qui se cherchent, des lambeaux de République qui se sont recollés dans le sang du mort », « la bête que Prudhomme appelle l’hydre de l’anarchie qui sort ses mille têtes, liées au tronc d’une même idée, avec des braises de colère luisant au fond des orbites ». Déjà en 1881, lorsqu’il préfaçait Le Nouveau parti à la demande de l’ancien communard Benoît Malon, Vallès le félicitait de créer un parti des travailleurs, mais l’avertissait qu’il comptait bien préserver son indépendance : « Ne t’attends donc pas à m’entendre parler collectivisme ou anarchie, à propos de ton livre. Je ne vais pas m’enfermer dans un bivac, quand j’ai devant moi tout le champ de bataille révolutionnaire », écrivait-il ainsi.

On le voit, l’étude lexicale ne suffit pas à cerner le lien de Vallès à l’anarchie. Car ce lien, que n’incarne pas tel ou tel désignateur, se dit aussi bien à travers les textes qu’à travers les sociabilités qu’a tissées Vallès au long de son existence, et qui sont consubstantielles à l’œuvre. Sans doute la Commune marque-t-elle une évolution dans l’appréhension vallésienne des anarchismes et des anarchistes ; mais cette évolution ne doit pas occulter que dès le mitan des années 1860, le journaliste avait confié à L’Époque deux articles (8 et 16 juin 1865) où il rappelait quel rôle avait joué Proudhon dans sa formation, alors que collégien, il vivait avec enthousiasme les journées de février 1848. Vallès, qui lui emprunte une série de valeurs  (antijacobinisme, antiautoritarisme, anti-intellectualisme, goût de la polémique) n’a certes qu’une connaissance superficielle de la production proudhonienne. Mais c’est de la figure proudhonienne, bien plus que de l’œuvre, qu’il semble tributaire, tant son ethos se construit au souvenir de l’auteur des Confessions d’un révolutionnaire. C’est lui qui lui enseigne qu’« il est plus agréable et plus commode d’aller un soir affronter un danger, que de faire effort sur soi-même pour étouffer son égoïsme ou découvrir la vérité » ; et Vallès le remercie de lui avoir fait découvrir la « sincérité ».

Si, de son vivant, Vallès a pu susciter une forme de méfiance chez les anarchistes, auprès desquels il passait parfois pour un révolutionnaire en redingote, cette méfiance semble s’atténuer après sa mort. Aussi sera-t-on particulièrement sensible à la chronologie : à chaque époque, à chaque génération, que retiennent les anarchistes de Vallès ? Le jeune Victor Méric en tire-t-il le même aliment qu’Élisée Reclus lisant, déjà mûr, Le Cri du Peuple ?

L’enterrement de Vallès en février 1885, suivi en masse, forme vraisemblablement l’un des moments constitutifs d’une mémoire qui s’est perpétuée dans les milieux anarchistes. Quels éléments conditionnent cette évolution ? Les polémiques, souvent lancées à l’occasion de l’érection des monuments en l’honneur de Vallès (1885, 1910, 1913) n’amènent-elles pas les anarchistes à le considérer avec moins d’appréhension, voire à le défendre ou le mythifier, parce qu’il est dénigré par la presse bourgeoise ? Quels conflits d’héritages se dessinent ? En 1937, une polémique oppose par exemple des anarchistes à l’extrême droite : en réaction à L’Insurgé, auquel collaborent des écrivains proches de l’Action française, ceux-ci publient L’Insurgé, le vrai, numéro apparemment unique où ils dénoncent l’« escroquerie morale et intellectuelle » à laquelle se livrent leurs adversaires en instrumentalisant la référence vallésienne. Il y aurait sans doute beaucoup à dire sur la manière dont cette référence transite de gauche à droite, chez des écrivains qui se dirent un temps anarchistes, à l’instar de Maurice Barrès. S’il avoue avoir dévoré quotidiennement, dans sa jeunesse, les « derniers journaux » de Vallès, par fascination pour sa verve, l’auteur de L’Ennemi des lois (1893) n’accepte plus, une décennie plus tard, la critique de l’autorité. Il décline donc l’invitation à intégrer un comité Vallès, au motif que Vallès lui-même aurait condamné sa présence.

Ce numéro étudiera la manière dont l’autorité vallésienne est constituée ou rejetée par les anarchistes, au regard de hautes-figures comme celles de Louise Michel ou Séverine. De ce fait, une place particulière sera accordée à l’élaboration d’une mémoire vallésienne, quel que soit son support (textuel, plastique, etc.). Une attention spéciale sera accordée à des genres que l’Université juge parfois mineurs ou marginaux. Aussi considèrera-t-on la chanson, qu’elle soit représentée par des pièces aussi célèbres qu’« Elle n’est pas morte » (1886), où Eugène Pottier rappelle la menace révolutionnaire qu’avait laissé planer l’enterrement de Vallès, ou les « Chansons de l’année » publiées dans Le Cri du peuple par le prolifique Jules Jouy (1855-1897), figure notable des cabarets fin de siècle et du café-concert. Les arts de l’image, qui illustrent sur le long terme le compagnonnage des anarchistes avec l’œuvre de Vallès, ne seront pas oubliés : on espère ainsi que l’album lithographié où Maximilien Luce (1858-1941) assortit d’un texte de Vallès le récit de son incarcération après les attentats des années 1890 côtoie celui le travail de Jacques Tardi (1946-), dont l’admiration pour Vallès se manifeste au-delà des quatre tomes de la bande dessinée Le Cri du peuple (2001).

On ne saurait enfin nier que le journalisme vallésien a pu constituer, sinon une matrice, du moins un aiguillon pour nombre de successeurs. En France et à l’étranger, qu’elle prenne une forme idéologique, stylistique (ou les deux), l’émulation se lit dans les pseudonymes utilisés par les journalistes (combien de Vingtras, différemment orthographiés ?) comme dans les titres. Émile Pouget, auquel la publication périodique du Père Peinard avait bâti une solide réputation depuis les années 1890, lance en 1908 un quotidien nommé Le Cri du peuple ; en mai 1968, lorsqu’est relancée la revue La Rue, publiée en 1966 par le Groupe Jules Vallès de la Fédération Anarchiste, elle affiche sa volonté de perpétuer, malgré l’évolution des mœurs et des pratiques médiatiques, l’esprit vallésien, en « refus[ant] le terrorisme intellectuel des gens en place et des philosophies nobles qui, quittant la rue, ont traversé la Seine pour s’introduire dans l’officine du quai Conti, ou des ″révolutionnaires″ qui ont leur couvert chez Drouant ». Les vingt ans d’existence de cette revue trimestrielle suggèrent sa qualité, et ce que son examen pourrait apporter au débat.

On pourra enfin se pencher sur les feuilles qui, comme le Réfractaire, journal de l’association des Amis de Louis Lecoin, devenu organe libertaire pour la défense de la paix et des libertés individuelles (1974-1983) s’attachent, même ponctuellement, une maison d’édition (1977-1978). De manière plus générale, nous aimerions que ce numéro soit l’occasion de mener une réflexion sur les modalités que la diffusion de Vallès par les anarchistes, que ce soit à travers la republication périodique de son œuvre ou la réédition en volumes, du XIXe siècle à nos jours. Pour mieux cerner la réception actuelle de Vallès, ce numéro inclura des enquêtes menées auprès de militants anarchistes, au moyen de questionnaires ou d’entretiens.

Pour ce numéro voulu résolument interdisciplinaire, les contributions émanant d’historiens, de sociologues et de politistes sont les bienvenues.

Merci d’envoyer vos propositions d’articles (résumé et titre, même provisoires) à Sarah Al-Matary (almatary76@hotmail.com) avant le 30 juin 2015 ; les textes sélectionnés seront à rendre le 1er mai 2016.

Par la suite, nous consacrerons notamment un volume à Vallès et l’écriture de l’histoire, ainsi qu’aux Fictions de la Révolution.

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